« D’Isabelle à Cabrel, chansons d’hier et d’aujourd’hui » (Extrait)

Les chansons d’hier, Isabelle Rigaux les cultive de ses doigts toujours verts sur le clavier de son piano noir. Son prénom est celui d’une chanson de Brel, son nom connut son temps de gloire voici longtemps par un titre qui passa beaucoup à la radio, Un piano sur le rivage, puis se laissa distancer pour laisser place à d’autres projets musicaux tout aussi nourrissants.

 

L’année passée, Isabelle Rigaux est revenue chez les derniers disquaires avec quinze chansons anciennes centrées sur 9 vies de femme. La formule choisie est celle du « piano-voix » : quinze mélodies brodées par la voix claire, précise d’Isabelle qui a choisi la belle Isabelle de Brel pour lancer les accords intuitifs de Philippe Decock, magnifique artiste pianistique d’origine verviétoise. Formule d’un autre temps certes mais de toute façon quinze chansons de l’autre siècle toutes porteuses d’une histoire de femme ou de fille. Par exemple, elles pleureront Ferdinand, Emile ou Victor dont le destin de jeune homme engagé dans une guerre sera gravé sur la pierre des monuments. Superbe. Insolente et infidèle est le portrait d’une dame du temps jadis, écrit de mains de maître par Romain Didier, auteur-compositeur d’un autre temps. Superbe. Isabelle Rigaux est allée chercher Lily et par une interprétation magnifique propose une version plus tendre encore que celle de son auteur, Pierre Perret. Le plus fort c’est mon père de Linda Lemay, Je suis femme et musique d’Alice Dona, Drouot de Barbara et même Il venait d’avoir 18 ans de Dalida retrouvent de la jeunesse, de la légèreté ; elles sortent des eaux de l’oubli dans lequel les médias radiophoniques d’aujourd’hui les coulent en silence. Du côté de ses propres compositions, Isabelle a placé Du bout de son crayon, magnifique texte d’écriture en hommage à Maurane, Mine d’Épagneul et, pour clôturer en beauté douce ces neuves vies de femme, C’est beau d’être une fille.

 

Je ne vois pas pourquoi un album pareil ne tracerait pas une route lumineuse parmi les amoureux de la chanson francophone de hier et d’aujourd’hui.

Guy Delhasse

Revue générale N°3 - printemps 2021

 

Interview Bruxelles-Culture mai 2021

(p.1-4)

 

 

 

 

 

CD NEWS : NEUF VIES DE FEMME

 Isabelle Rigaux est une auteure-compositrice-interprète que je suis depuis de nombreuses années. Fascination qui remonte à l’époque où je collaborais au mensuel « Bravo Uccle », alors mené de main-de-maître par Hervé Gérard, passé depuis à la tête des éditions Avant-Propos et directeur de la Foire du Livre. Je me souviens avoir annoncé la sortie du CD « La messe de Popayan », accompagné d’un mystique « Ave Maria », œuvre révélatrice et qui m’a, par la suite, amené à me procurer la comédie musicale « Thyl Ulenspiegel » et l’album de chansons intitulé « Déposer des larmes ».

Ne pas faire l’éloge d’une artiste de cette trempe relève du sacrilège, d’autant plus qu’elle vit chez nous (à Uccle) et se produit sans grande aide des médias. Un comble pour celle qui a remporté le Premier prix « Découvertes francophones » en 1980 à Montréal avec sa chanson « Un piano sur le rivage », qui peut se targuer d’avoir été administratrice de la Promotion Artistique Belge de la SABAM, directrice du Centre culturel d’Uccle et soutien de nombreux talents de notre région.

Alors, découvrir un nouvel enregistrement de ses compositions et de reprises de standards sélectionnés dans le répertoire intemporel de la chanson française tient du régal pur. Le seul challenge consistait à réunir quinze titres qui puissent parler à la sensibilité de l’auditeur, sans sombrer dans les clichés, privilégiant la beauté des mélodies et la poésie des textes. Aucun risque de se fourvoyer puisque, de nouveau, le bon goût se conjugue à la qualité vocale de l’interprétation. Par choix, autant pour mettre en évidence la musicalité des mélodies que son timbre cristallin, Isabelle Rigaux a préféré une instrumentation qui se limite au clavier d’un piano caressé par Philippe Decock plutôt qu’à la puissance d’un orchestre complet.

L’album « Neuf vies de femme » s’ouvre sur l’archiconnu « Isabelle » de Jacques Brel pour, bien vite, embrayer sur des titres beaucoup plus personnels, écrits afin de laisser poindre l’émotion, tirer des larmes ou offrir des instantanés qui sollicitent le bonheur d’aimer, d’être aimé ou de se retrouver en compagnie d’amies et d’amis dans un cadre chaleureux. « Ferdinand, Emile ou Victor », « Mine d’épagneul », « Du bout de son crayon », « Un piano sur le rivage » : voilà le sommet de l’iceberg ! Entre plusieurs morceaux noircis sur les portées de l’artiste, on peut (re)découvrir, parmi quelques autres, « Insolente et infidèle » (Romain Didier), « Drouot » (Barbara), « Le plus fort, c’est mon père » (Lynda Lemay), « Chanson pour Marylin » (Claude Nougaro »), « Lily » (Pierre Perret), etc.

Certes une madeleine de Proust, mais avant tout un disque plein d’enchantement, toujours à-propos et conçu pour passer une soirée délicieuse en présence d’un chandelier en argent massif et d’une bouteille de champagne.

Daniel Bastié